9 peintures sur papier 50 x 65 / technique mixte : acrylique, dessin à l’encre, fragments d’images numériques mai 2006
Dès les premières descriptions que nous livre K., du « Château », on est pris dans un violent contraste entre les ténèbres et la neige, entre le noir et le blanc. K. cherche vainement à atteindre le Château, qui ne lui apparaît que sous la forme d’une forme sombre, menaçante et inaccessible. ...
Le village semble habité, et pourtant il n’y a pas âme qui vive, mis à part, plus tard, quelques hommes qui surveillent K., du coin de l’œil, dissimulés dans l’encoignure de leurs portes. Les maisons s’entassent, mélange de provisoire, de ruines et de constructions anciennes. Cet enchevêtrement, crée d’innombrables méandres de ruelles et de passages, dans lesquels K. parvient difficilement à se retrouver. Et lorsque enfin il aperçoit un habitant à sa fenêtre, à qui il demande si ce chemin conduit bien au Château, il s’entend répliquer sèchement, contre toute évidence, qu’il n’y a aucune circulation ici ! C’est que bien que mandaté par les gens du Château, K., arpenteur de son métier, est un étranger. Il n’est donc pas le bienvenu. K. se retrouve alors seul au milieu du village, tandis que la neige se remet à tomber. Le procédé technique, après plusieurs essais, s’est porté sur un mixage entre la peinture, le dessin à la plume, et le collage de fragments d’images numériques. Le choix était difficile à mettre en œuvre, car il fallait une parfaite homogénéité entre ces trois composants, tout en ménageant une progression de la 1° image, calme et hivernale, à la 9°, menaçante et sans issue. Une longue chasse photographique a rassemblé de nombreux clichés, répartis en une dizaine de catégories, dans lesquelles j’ai puisé les éléments utiles. Pour assurer une continuité entre toutes mes séries consacrées à l’œuvre de Kafka, j’ai réutilisé quelques images déjà vues dans le film ‘Description d’un Combat »,ainsi que dans « Frieda ». Les personnages sont des déformations du paysan de « Devant la Loi ». Ils sont aussi grisâtres et déglingués que leurs masures. Le retour à la peinture a redonné de la liberté aux gestes, permettant les éclaboussures, les salissures, et toutes sortes de détériorations qui figent durablement K. dans ce village où personne, plus tard à part Frieda, ne voudra de lui, et où finalement il n’a rien à faire, sinon attendre.
Claude Jeanmart Juin 2006
01 A L’OMBRE DU CHÂTEAU
Il était tard dans la soirée quand K. arriva. Une neige épaisse recouvrait Le village. La colline du Château était invisible, plongée dans le Brouillard et les ténèbres.
02 puis il alla chercher un gîte pour la nuit. A l’auberge on veillait encore.
03 cette tour la haut qui était la seule visible, appartenait, comme on le découvrait à présent, à une résidence. Peut être un bâtiment central du Château.
04 une longue bâtisse, singulier mélange de provisoire et de très ancien, était située derrière un jardin clôturé, devenu un champ de neige.
05 K. s’étonnait aussi de la longueur du village qui n’en finissait pas ; sans cesse de nouvelles petites maisons, et des vitres couvertes de glace, et de la neige, et pas âme qui vive.
06 si, vu son état aujourd’hui il se forçait à allonger sa promenade, au moins jusqu’à l’entrée du Château, il en aurait fait bien assez.
07 K. s’attendait constamment à ce que la rue se décide enfin à rejoindre Le Château, et seule cette attente le poussait à aller plus loin.
08 K. se trouva bientôt dans la rue, surveillé par les hommes depuis le seuil. La neige s’était remise à tomber.
09 C’est pourtant la rue qui conduit au Château, objecta K. Peu importe dit l’homme, sur un ton assez inflexible, Il n’y a aucune circulation ici.