Série de 6 peintures, formées d'une petite toile de 50x50 cm et d'une grande toile de 1 m x l m. De septembre 2007 à janvier 2008. Technique mixte, fusain, collages.
Le texte du Verdict, fut écrit par Kafka en une nuit, entre 10 heures du soir et 6 heures du matin, dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912. Dédicacé à « Mademoiselle Felice B. «, il fut publié par Max Brod, en 1913. Le Verdict, est l'unique récit dont Kafka s'est déclaré satisfait. Dans son journal il écrit « Ce n'est qu'ainsi qu'on peut écrire, avec cette continuité, avec cette ouverture aussi totale de l'âme et du corps «. Dans les notes qui accompagnent les nouvelles de Kafka, dans les éditions de la Pléiade, on apprend qu'il a cité Freud, comme source principale de ce texte, lié à l'inconscient (les fiançailles improbables avec Felice B.). Kafka conclut que « toutes les idées, si insolites soient elles, sont attendues par un grand feu dans lequel elles s'anéantissent et renaissent ». On peut ainsi entendre que tout peut être dit en art, tous les sentiments, toutes les idées. Il confie dans son journal que ce Verdict, « est sorti de moi comme une véritable délivrance, couverte de saletés et de mucus « ( comme lors d’un accouchement ?). Le principe de « l'excès », que l'on trouve déjà au XV° siècle, dans la peinture germanique (le Grimaçant, qui gesticule devant le Christ en agonie), se perpétue dans ce texte violent, où le père, singeant la jeune fille retroussant ses jupes, atteint le paroxysme de la saleté, et de l’obscénité. Durant ces quatre années consacrées à l'oeuvre de Kafka, je n'avais abordé la peinture qu'une fois, avec la série des grandes toiles de « Description d'un Combat «. J'avais le sentiment d 'avoir pleinement exploré les moyens du photomontage numérique au travers des six séries réalisées avec Jordi Cerda, et des cinq réalisées seul. La peinture se présentait alors comme le seul procédé que je pouvais mettre en adéquation avec la brutalité du texte. ...
J'ai utilisé la même technique qu'en 2005, en mélangeant pigments, sables, résines et fusain. Mais j'y ai ajouté tout naturellement des collages de fragments de photomontages (déjà expérimenté dans « A l'Ombre du Château «), ainsi que des textes, tellement il me semblait important d 'établir La confrontation entre l'écrit et le peint, aussi bien pour souligner la fidélité à Kafka, que pour revendiquer la totale liberté du peintre, qui choisit des extraits de texte, et qui leur donne forme en dehors de toute recherche illustrative. Comme dans toutes les autres séries, à chaque fois que c'est nécessaire, je me mets en scène, au travers des photos collées sur la toile. La petite toile satellite, vient cadencer la suite des six «stations», en supportant le texte et en prolongeant discrètement la composition du grand format. J'ai ressenti combien les travaux précédents m'avaient aidé à écarter l'anecdote, en privilégiant la métaphore. Ceci m'a fait construire ces peintures, comme si j'observais le texte à la loupe, en gros plan. La suppression de tout horizon, renforce la concision et la brutalité poétique du récit. Il fallait une peinture abondante, négligée par endroits, semblable à un trop plein qui s'écoule, en oubliant totalement, les conventions de l'agréable et de l'équilibré. Le Verdict est un appel au secours resté sans réponse.