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KAREL CAPEK "UNE VIE ORDINAIRE"
" UNE VIE ORDINAIRE", 3° roman de la trilogie LE MÉTÉORE
Ensemble de 9 peintures sur papier, chaque peinture au format 70 x 50
Papier, collage, acrylique, bitume de Judée, encre de Chine, poudre d'aluminium

 


 KAREL CAPEK


UNE VIE ORDINAIRE


Un jour, quelqu’un m’a interpellé par-dessus la clôture :


« Excusez-moi, quelle est cette sorte de Malus qui fleurit là-bas ? »


« C’est le Malus Halliana », et je l’ai invité à entrer.


...

Tenez, la voilà, fit le docteur. C’était une grosse liasse de feuilles proprement assemblées, ceinte d’un ruban avec soin comme un fascicule de dossiers classés. Monsieur Popel la prit dans ses mains avec émotion et se mit à feuilleter les premières pages.

Ça vaut vraiment la peine d’être lu entièrement ? demande-t-il incertain.

Je crois que c’est la raison pour laquelle les gens parlent de la mort comme d’un sommeil ou d’un repos, pour lui donner l’apparence de quelque chose qu’il connaissent ; c’est pour cela qu’il espèrent rencontrer leurs chers disparus, pour ne pas être effrayés de ce pas dans l’inconnu. 

Durant 2 jours j’ai fouillé dans mes papiers… Tous mes bulletins, certificats et diplômes depuis l’école primaire, sont là ; mon Dieu toutes ces bonne notes que j’apportais victorieusement à la maison et pour lesquelles papa me caressait les cheveux…

J’ai toujours aimé l’ordre et jamais je n’ai conservé de papiers inutiles. Mon Dieu, je n’ai même rien à organiser , tellement ma vie était ordinaire et peu compliquée.

 Je n’avais plus rien à ranger ; mais qu’allais-je faire maintenant ? Et soudain l’idée m’est venue que je devais mettre de l’ordre dans ma vie, et voilà tout. Je la décrirai brièvement pour pouvoir la ranger et la ceindre d’un ruban.

J’ai souvent l ‘impression que les gens, d’une certaine manière, se vantent de leurs souvenirs ; il se vantent que la diphtérie ait sévi durant leur enfance ou d’avoir vécu  une grande tempête, comme si ça relevait de leurs propres mérites.

Je me souviens des enterrements dans la petite ville où je suis né. E, tête du cortège, l’enfant de chœur en surplis portait la croix ; des musiciens, le clairon étincelant, le cor, la clarinette et le plus beau de tous, l’hélicon. Le curé en aube coiffé d’un bonnet, le cercueil porté par six hommes, et une foule de gens en noir, tous sérieux, solennels et une peu semblables à des marionnettes.

 Je me remémore tous ces gens morts depuis longtemps, je voudrais les voir encore une fois comme je les voyais à l’époque. Chacun possédait son propre univers et son travail mystérieux.

Aujourd’hui je sais que cette nappe blanche n’était pas si propre, que monsieur le curé était un gros bonhomme sentant le tabac à priser, et que monsieur l’instituteur  était un vieu garçon provincial au nez rouge.

Elle se leva à son tour, la bouche entrouverte d’effroi, la broderie tremblant dans ses mains ; tout ce que nous avons réussi à faire c’est de nous cogner le front l’un contre l’autre, rien de plus ; elle se détourna et se mit à sangloter violemment : » je vous aime tant, je vous aime tant ! »

Finalement le cours de la vie est mu par deux forces : l’habitude et le hasard.

La fenêtre de mon bureau donnait sur un quai sombre et il fallait laisser la lampe allumée toute la journée ; c’était un trou affreux et sans espoirs, où je comptabilisais des taxes de transports et j’exécutais d’autres tâches de ce genre.

Parfois je m’effrayais : c’est ça la vie ? Oui, c’est ça, la vie, deux petits trains par jour, une voie ferrée sans issue, se terminant dans l’herbe et aussitôt après l’univers qui s’érige comme un grand mur.

La station ferroviaire où je suis arrivé était sombre et bruyante comme une usine ; un carrefour important, des kilomètres de rails, d’entrepôts et de chaufferies, un trafic ferroviaire intense ; partout une bonne couche de poussière et de suie…

« Allez , je sais bien que vous, les hommes, vous ne pouvez pas faire autrement ; vous vous plongez dans votre travail comme – comme dans un jeu d’enfant, n’est-ce pas ? «  - «  Oui, comme dans un jeu d’enfant «  On en est bien conscients, ce n’est pas la peine de le dire.

Quel chagrin de voir ma gare exemplaire se dégrader ainsi ! Elle était inondée par l’immense désordre de la guerre, par l’odeur de l’hôpital militaire, par les transports surchargés, et par la saleté dont le moût répugnant imprégnait tout, se répandait partout.

Un jour un garçonnet tomba et se fit écraser la jambe ; j’ai entendu son hurlement effroyable et j’ai vu le petit os broyé dans la chair ensanglantée. Quand j’en ai parlé à ma femme, elle pâlit un peu et dit avec véhémence : «  C ‘est Dieu qui l’a puni ! ».

Et pourquoi jouait-il seul ?

Parce que c’était tapi au fond de lui. Durant toute sa vie il a construit pour lui seul son petit univers clos. Un petit coin pour sa solitude et pour son bonheur ordinaire. Son enclos en éclats de bois, sa petite gare, son petit foyer : tu vois bien que depuis toujours ça macérait au fond de toi !

« Mais, voyons «  bredouillais-je, confus, « ces vers n’étaient pas bon… c’est pour cela que j’avais tout abandonné, et de toute façon… « … On vous a obligé d’abandonner. Si vous aviez… poursuivi votre création, vous auriez tout cassé, vous auriez fait éclater la forme…

Un jour, il fur pris d’un accès de fureur et m’a menacé d’un couteau de cuisine : «  Maintenant tu vas me dire comment tu t’y prends ! » Comment s’y prendrait-on ! La poésie, on ne la produit pas, la poésie existe tout simplement ; elle est là simplement et naturellement comme la nuit ou comme le jour.

 Chacun à son tour guide les autres une partie du chemin ; et pour bien montrer qui mène, on peut imaginer que cet être porte un écriteau avec l’inscription : moi. Voilà, et maintenant c’est lui qui devient MOI. Ce n’est qu’un mot, mais d’une telle puissance, un mot d’une grande autorité ; pendant qu’il est MOI, il domine la foule.

 Ce MOI est donc une foule, une foule qui possède son unité, ses tensions intérieures et ses conflits. Il se peut que l’un d’eux soit le plus fort, si fort qu’il dépasse tous les autres. C’est lui qui portera ce moi, du début à la fin, et ne le confiera pas à d’autres mains.,

 

 

 

 

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UNE VIE ORDINAIRE
Légende : UNE VIE ORDINAIRE
Référence : VIE_ORDINAIRE_ensemble.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 1
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 1
Référence : K.C._VIE_1.jpg
Description : Un jour, quelqu’un m’a interpellé par-dessus la clôture :
« Excusez-moi, quelle est cette sorte de Malus qui fleurit là-bas ? »
« C’est le Malus Halliana », et je l’ai invité à entrer.

UNE VIE ORDINAIRE 1 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 1 détail
Référence : K.C._Viedetail_1.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 2
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 2
Référence : K.C._VIE_2.jpg
Description : Tenez, la voilà, fit le Docteur.
C’était une grosse liasse de feuilles proprement assemblées,
ceinte d’un ruban avec soin
comme un fascicule de dossiers classés.
Monsieur Popel la prit dans ses mains
avec émotion et se mit à feuilleter les premières pages.

UNE VIE ORDINAIRE 2 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 2 détail
Référence : K.C._Viedetail_2.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 3
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 3
Référence : K.C._VIE_3.jpg
Description : c’est pour cela qu’il espèrent rencontrer leurs chers disparus,
pour ne pas être effrrayés de ce pas dans l’inconnu.

UNE VIE ORDINAIRE 3 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 3 détail
Référence : K.C._Viedetail_3.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 4
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 4
Référence : K.C._VIE_4.jpg
Description : Elle se leva à son tour, la bouche entrouverte d’effroi,
la broderie tremblant dans ses mains ;
tout ce que nous avons réussi à faire
c’est de nous cogner le front l’un contre l’autre,
rien de plus ; elle se détourna
et se mit à sangloter violemment :
» je vous aime tant, je vous aime tant ! »

UNE VIE ORDINAIRE 4 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 4 détail
Référence : K.C._Viedetail_4.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 5
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 5
Référence : K.C._VIE_5.jpg
Description : on peut imaginer que cet être porte
un écriteau avec l’inscription : MOI.
Ce n’est qu’un mot, mais d’une telle puissance,
un mot d’une grande autorité ;
pendant qu’il est MOI, il domine la foule.

Ce MOI est donc une foule,
une foule qui possède son unité,
ses tensions intérieures et ses conflits.
Il se peut que l’un d’eux soit le plus fort,
si fort qu’il dépasse tous les autres.

UNE VIE ORDINAIRE 5 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 5 détail
Référence : K.C._Viedetail_5.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 6
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 6
Référence : K.C._VIE_6.jpg
Description : Quel chagrin de voir
ma gare exemplaire se dégrader ainsi !
Elle était inondée par
l’immense désordre de la guerre

UNE VIE ORDINAIRE 6 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 6 détail
Référence : K.C._Viedetail_6.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 7
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 7
Référence : K.C._VIE_7.jpg
Description : Son enclos en éclats de bois,
sa petite gare, son petit foyer :
tu vois bien que depuis toujours
ça macérait au fond de lui !

UNE VIE ORDINAIRE 7 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 7 détail
Référence : K.C._Viedetail_7.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 8
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 8
Référence : K.C._VIE_8.jpg
Description : il fallait laisser la lampe allumée toute la journée ;
c’était un trou affreux et sans espoirs,
où je comptabilisais des taxes de transports

UNE VIE ORDINAIRE 8 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 8 détail
Référence : K.C._Viedetail_8.jpg

UNE VIE ORDINAIRE 9
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 9
Référence : K.C._VIE_9.jpg
Description : Maintenant tu vas me dire comment tu t’y prends ! »
Comment s’y prendrait-on ! La poésie,
on ne la produit pas,
la poésie existe tout simplement ;
elle est là simplement

UNE VIE ORDINAIRE 9 détail
Légende : UNE VIE ORDINAIRE 9 détail
Référence : K.C._Viedetail_9.jpg

UNE VIE ORDINAIRE , collages et fonds
Légende : UNE VIE ORDINAIRE , collages et fonds
Référence : vie_ordinaire.jpg

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