36 fois 30 x 40 / total : hauteur 2 m 40, largeur 3 m 20 photo, dessin, palette graphique présentation : les 36 formats sont présentés en pyramide, bord à bord, fixés directement au mur par des épingles mars 2000
Depuis 1979, j’utilise l’ordinateur comme un des outils de création plastique. J’ai exposé dès 1981, des images obtenues à partir de formules mathématiques, imprimées sur tables traçantes et par photo - sérigraphie, en collaboration avec un ingénieur.
A partir de 1988, j’ai utilisé conjointement, la photographie, la vidéo, la projection encodée, et l’ordinateur, dans la réalisation de décors virtuels, pour les spectacles du chorégraphe Jean-Marc Matos. ...
En 1995 j’ai commencé à utiliser l’ordinateur directement dans mon travail de peintre, mais en cherchant à ne pas mettre en avant, les “effets” spectaculaires de la machine, la pertinence du propos et l’utilisation de l’outil adaptée qui en découle, constituant la base de ce travail.
Depuis un an, je fais avancer trois thèmes, dont la réalisation passe par l’usage de la palette graphique : “ Les Trois Grâces “, un ensemble d’images de fragments de corps féminins tatoués, “ Ombres “, assemblage d’images d’ ombres photographiées dans la rue, et “ La Naissance d’Eve “, un mixage de photos d’éléments naturels, de dessins, et de corps en mouvement, constitué de 36 formats 24 x 30, installés de façon pyramidale. C’est ce dernier travail que j’ai présenté pour la première fois à Barcelone, en Novembre 99.
C’est comme un raccourci métaphorique, de la constitution de notre planète, passant de l’état gazeux, à l’état solide, et de l’état inerte, à l’état habité, avec l’apparition des végétaux puis des êtres vivants. En reprenant un des mythes de l’origine de l’espèce humaine, celui d’ Adam et d’Eve, je fais apparaître les êtres vivants, uniquement sous l’apparence de corps féminins, hommage aux femmes, elles seules qui donnent la vie.
Dans les images du bas de cet empilement, on peut voir sur les rochers, des inscriptions de corps, en référence aux gravures de la Préhistoire, prémices déjà parfaits et accomplis de notre Art, pour lesquelles j’ai la plus grande admiration. Les raccords des images entre elles, ne sont pas parfaits comme ils devraient l’être dans un puzzle. C’est pour bien montrer que ce n’est pas une grande image, découpée en morceaux et reconstituée, mais que ce sont 36 images travaillées séparément, qui peuvent être vues de façon autonome, même si elles participent à un tout. Le papier, à forte matière, fait à la main, a été choisi parce qu’il mettait une distance avec les supports utilisés habituellement en infographie, et qu’il annihilait toute tentation illusionniste. C’est un papier sur lequel j’ai aussi l’habitude de dessiner.
Le travail s’est fait par étapes, en commençant par la rangée du bas, image par image, puis deux par deux pour créer un lien entre elles, puis en mettant côte à côte, toutes les images de cette rangée, à petite échelle, afin de juger de l’effet obtenu et de la cohérence du tout. Puis j’ai réalisé de la même façon la rangée au dessus, en la confrontant avec celle du dessous, et ainsi de suite, en ajoutant à chaque fois une rangée, pour évaluer le résultat
Ce sont les trois images du haut qui m’ont demandé le plus de travail, le plus de corrections et d’essais, car elles étaient déterminantes dans la construction du sens, mais je ne voulais pas transformer ce travail en revendication militante. Les corps sont parfois peu lisibles, et ne sont jamais des représentations anatomiques ; c’est comme s’ils nous parvenaient d’un temps et d’un lieu, lointains.
Si pour chaque image il y a eu de nombreux essais, la construction finale, n’est pas permutable, n’est pas modifiable. Cet ensemble s’inscrit dans mon travail de peintre, par le décalage des formats, l’enfouissement des éléments réalistes, et la stricte réduction de la gamme de couleurs. Dans le jeu avec la transparence des fonds, dans le choix d’un format non rectangulaire et non délimité, il est également redevable, aux projets scénographiques de décors virtuels réalisés par projections,
C’est enfin une attitude qui consiste à ne pas réduire mon activité à une simple manipulation picturale, mais à prendre position par rapport à l’ensemble du champ artistique.